Algérie – Hausse du prix du baril : second souffle ou sursis

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أخر تحديث : jeudi 4 octobre 2018 - 10:35
Algérie – Hausse du prix du baril : second souffle ou sursis

ANALYSE. Au moment où les pays de l’Opep se retrouvaient à Alger, le baril de Brent a grimpé à son plus haut niveau depuis quatre ans. Une aubaine pour le pouvoir algérien à près de six mois de l’élection présidentielle


Les cours du pétrole continuent à grimper. À Londres, le prix du baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, s’élevait à 83,32 dollars, ce lundi 1er octobre. Pour l’Algérie dont l’économie dépend essentiellement des recettes d’hydrocarbures, la hausse du prix du baril devrait être une excellente nouvelle à même de rassurer un gouvernement appelé à organiser une élection présidentielle dans près de six mois

Mais dès le lendemain de la réunion des pays membres de l’organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep) et non-Opep, le PDG de la Sonatrach a mis en garde contre une hausse très importante. « Vous devez tous savoir aujourd’hui que le baril est remonté à plus de 80 dollars. Mais moi je ne suis pas tout à fait d’accord pour qu’il monte trop », a indiqué Abdelmoumene Ould Kaddour avant d’ajouter qu’une hausse importante des prix du brut induira une baisse de la consommation

Un prix se situant entre 70 et 80 dollars « nous permet au moins de nous projeter sur les dix prochaines années », a-t-il développé. En avril, le patron du géant pétrolier africain appelait déjà à « un équilibre » des prix. « Le pétrole est actuellement autour de 75 dollars le baril et nous pensons (pays producteurs de pétrole) que c’est le juste prix », avait avancé le PDG de la compagnie pétrolière lors d’un point de presse

Instabilité du marché pétrolier

Durant ces derniers jours, de nombreux experts ont souligné le caractère conjoncturel de cette nouvelle hausse du prix du baril de Brent qui incite à la prudence. « Il faut être très prudent sur cette augmentation qui ne témoigne pas encore d’une situation stabilisée et surtout d’une vision à moyen terme sur l’offre mondiale », estime d’emblée Mustapha Mekidèche, économiste et expert énergétique

La hausse du prix du baril intervient après la réunion du comité ministériel conjoint de suivi de l’accord de réduction de la production pétrolière des pays de l’Opep et non-Opep (JMMC) organisée le 23 septembre dernier à Alger. Les participants n’avaient pris aucune décision relative à la mise sur le marché de quantités supplémentaires de brut pour compenser le retrait attendu des parts de l’Iran après l’entrée en vigueur des sanctions américaines prévues dès novembre prochain

En réalité, les exportations iraniennes de pétrole ont déjà atteint leur plus bas niveau depuis février 2016. Pour Mustapha Mekideche, il « faut attendre l’effectivité des sanctions américaines sur la non-commercialisation des parts de l’Iran sur les marchés mondiaux pour voir si cela peut être compensé à court terme et si réellement les sanctions vont fonctionner », explique l’expert. La prochaine réunion des membres de l’Opep est prévue à la fin de l’année à Vienne

Même avec un baril à 100 dollars

Durant cette période, le baril de Brent pourrait atteindre les 100 dollars, selon certaines estimations. Dans ce cas de figure, le gouvernement algérien aura sans doute plus de marges de manœuvre sans pour autant trouver des solutions aux différents problèmes posés par la crise, dont celui du déficit budgétaire. « Même avec une moyenne de 100 dollars le baril sur une année, il y aura un déséquilibre budgétaire », estime un ancien haut fonctionnaire à la retraite

Même avec la moyenne de 100 dollars le baril enregistrée en 2014, on avait un déficit budgétaire important , rappelle-t-il. Pour 2019, le gouvernement prévoit un déficit budgétaire de 2 200 milliards de dinars (plus de 18 milliards de dollars). La hausse du prix du baril pourrait aussi ralentir l’érosion des réserves de changes qui se sont établies à 94,53 milliards de dollars à la fin du premier semestre 2018 sans pour autant l’enrayer.

Le programme du financement interne non conventionnel (planche à billets) ne devrait donc pas être remis en cause. Jusqu’au 31 mars, le montant des titres émis dans le cadre du financement non conventionnel s’est établi à 3 585 milliards de dinars (plus de 30 milliards de dollars). Le gouvernement avait décidé de recourir à ce mode de financement à la fin 2017 à titre exceptionnel et pour une période de cinq ans pour le financement du Trésor et de la dette publique interne

Gabegie

Avec la hausse du prix du baril, les Algériens ne se font cependant pas de grandes illusions. « Le prix du pétrole a atteint des seuils incroyables durant certaines années, mais cela n’a pas profité à l’économie algérienne qui est tout le temps en panne », rappelle Athmane Mazouz, député du Rassemblement pour la culture et la démocratie RCD-parti d’opposition

 C’est toujours une aubaine d’avoir plusieurs ressources. C’est une bonne nouvelle quand les recettes profitent réellement à l’économie nationale. Mais nous savons que cet argent ne sera pas consacré au développement vu qu’il n’y a pas de transparence dans la gestion des affaires du pays. Il servira, notamment à la veille d’une élection présidentielle, à acheter une clientèle , assure ce cadre du RCD.

Lors de sa dernière conférence de presse, le PDG de la Sonatrach avait fait allusion à la gabegie dont fait montre le pays en période d’aisance financière. « Quand les prix étaient à 40 dollars, on ne savait pas où on allait. Quand ils étaient à 140 dollars, on gaspillait ou on investissait à tout-va. Quand les prix montent et redescendent, les gens qui planifient le développement ne savent plus le faire », a-t-il souligné.

 C’est pour ça que je parle de l’avantage que nous avons avec des prix se situant entre 70 et 80 dollars le baril. On sait combien on va avoir d’argent disponible », a soutenu le PDG de la Sonatrach. Or si le prix du baril redescend « à 40 dollars, je vais courir dans tous les sens pour, je dirais, éteindre le feu » et s’il augmente jusqu’à atteindre « les 140 dollars, on ne sait pas quoi en faire », a résumé Abdelmoumène Ould Kaddour

Une année présidentielle

Même avant cette récente augmentation du prix du baril, le gouvernement algérien ne semblait pas être disposé à ouvrir le chantier des réformes économiques structurelles à la veille d’une élection présidentielle. Une lecture rapide du projet de loi de finances pour 2019 suffit pour s’en rendre compte. Adopté mercredi 26 septembre en conseil des ministres, le texte prévoit notamment une hausse du budget de fonctionnement près de 41 milliards de dollars

Cette hausse découle de la « situation sécuritaire aux frontières ainsi que du relèvement des transferts sociaux qui atteindront 1 763 milliards de dinars (près de 15 milliards de dollars), soit près de 21 % de la totalité du budget de l’État », selon le communiqué de la présidence de la République. La refonte de la structure des subventions ne sera donc pas à l’ordre du jour en 2019. Elle constitue pourtant, selon les spécialistes, l’une de plus importantes réformes économiques à mener en Algérie

Fin 2017, le gouvernement algérien avait aussi interdit l’importation d’une liste composée de mille produits pour faire face à l’effondrement de ses revenus. Le 7 septembre dernier, le ministre du Commerce a annoncé la prochaine levée de l’interdiction d’importation de certains produits en fonction des besoins du marché national. Saïd Djellab a précisé que ces produits devraient être soumis à une nouvelle taxe

PAR HADJER GUENANFA, À ALGER/lepoint.fr
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