#Cinéma. L’affaire Bobbitt, le procès raté des violences conjugales. Voir la bande annonce de la série

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أخر تحديث : samedi 16 février 2019 - 4:05
#Cinéma. L’affaire Bobbitt, le procès raté des violences conjugales. Voir  la bande annonce de la série

En 1993, Lorena Bobbitt tranche en pleine nuit le pénis de son mari durant son sommeil. Une série TV, « Lorena », revient sur ce fait divers en se focalisant sur les violences domestiques dont était victime la jeune femme

Il est rare de pouvoir être à ce point confronté à la puissance de nos préjugés et à la partialité de notre mémoire. Quand on évoque l’affaire Bobbitt, on se focalise sur ce sexe d’homme sectionné au couteau de cuisine par sa femme, geste terrifiant au potentiel humoristique évident. C’est ainsi que ce crime passionnel a été relaté par les médias, qui l’ont adoré

Il faut dire que c’était la première fois que l’occasion était ainsi donnée de répéter publiquement le mot « pénis ». De quoi animer tous les shows TV et inspirer des humoristes qui ne s’en sont pas privés. 25 ans après les faits, le réalisateur Joshua Rofé et le producteur Jordan Peele ont voulu revenir sur toute l’histoire, mais en changeant de point de vue, c’est-à-dire en la considérant non plus sous l’angle du pénis sectionné, mais sous celui de la femme qui tenait le couteau

Une foire médiatique

Les deux hommes ont rencontré Lorena Bobbitt, cinquantenaire dont le calme et la douceur troublent déjà l’image de folle castratrice que l’histoire en a gardée. Son ex-mari, le beau John Wayne Bobbitt a pris un coup de vieux lui aussi. Affalé sur son canapé, il témoigne également. A ces interviews se mêlent les témoignages de proches, voisins, amis, mais aussi jurés de leur procès, avocats, journalistes ayant couvert l’affaire à l’époque

Surtout, on découvre les images d’archives du procès de 1994 et son traitement dans les médias. C’est passionnant, car peu à peu, on comprend combien cette foire médiatique a empêché de percevoir le véritable enjeu de ce procès. Et combien l’affaire Bobbitt est l’histoire d’un raté: c’est la graine « MeeToo » qui n’a pas pu prendre, écrasée par ce bout de pénis coupé qui a reçu toute l’attention

 A voir, la bande annonce de la série

Violences conjugales

Parce qu’en réalité, Lorena Bobbitt était victime de violence domestique. Elle est dévastée par la honte et la douleur quand, durant son procès, elle doit décrire ce que son mari lui a fait subir. Il y a d’ailleurs d’abord eu un procès contre lui pour viol conjugal, mais dont il a été vite acquitté avant que toute l’attention ne se porte sur le procès du geste de Lorena

Lorena Bobbitt lors de son procès le 10 janvier 1994. AFP

Des associations féministes et certaines personnalités comme Woopy Goldberg l’ont pourtant soutenue, convaincues qu’après Lorena rien serait plus comme avant et que les hommes auraient trop peur. Raté. Peu à peu toutefois, la parole s’est libérée chez nombre de femmes battues et violées espérant que leur cause serait enfin entendue. Il faut aussi préciser qu’au même moment se préparait une loi contre les violences faites aux femmes, le « Violence Against Women Act ». Elle sera votée fin 94, quelques mois après le procès dont on peut penser qu’il y a contribué

Le point de vue des hommes

Sauf que cet aspect de l’affaire est resté malgré tout le moins audible. Une journaliste raconte que les articles abordant l’affaire de ce point de vue féminin n’étaient pas publiés. Les rédacteurs en chef étant souvent des hommes, ils jugeaient plus intéressant de parler du point de vue de John Wayne Bobbitt, explique-t-elle. Ex-marine de 26 ans, le beau cow-boy aux yeux bleus et à la mâchoire carrée incarnait un héros idéal. Rien à voir avec Lorena, cette Equatorienne introvertie dont on entend un animateur radio dire dans une archive: « elle n’est même pas jolie, qui aurait envie de la violer? » Et à ses côtés, on entend des femmes rire

Cette série passionne pour ce qu’elle dit de la violence dans le couple, du chemin parcouru par nos sociétés sur ces questions, du rôle des médias, mais aussi de celui des réseaux sociaux. À l’ère du hashtag, cette affaire aurait eu un tout autre impact. Mais surtout cette série comble un trou dans la mémoire: désormais Bobbitt ne sera plus seulement le nom d’une virilité blessée

Par Anne-Laure Gannac/mh – RTSCulture
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