#Livres. « La vie lente » d’Abdellah Taïa, entre compassion et suspicion

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أخر تحديث : samedi 6 avril 2019 - 4:54
#Livres. « La vie lente » d’Abdellah Taïa, entre compassion et suspicion

Treize ans après la parution de son premier roman situé en partie à Genève, le Marocain Abdellah Taïa publie « La vie lente ». Un livre constitué de voix et de bruits dans lequel l’auteur cherche une fois de plus ses vérités et ses identités multiples

En 2006, Abdellah Taïa imposait son univers personnel avec « L’Armée du Salut », premier roman dans lequel il évoquait son enfance passée dans un quartier pauvre de Salé au sein d’une famille modeste et nombreuse. L’auteur y relatait aussi son séjour à Genève pour y poursuivre ses études de Lettres au sein d’une faculté où Jean Starobinski régnait encore en maître. « Lorsque je l’ai rencontré, il voulait tout savoir de moi, se souvient Abdellah Taïa. Il m’a posé les questions les plus triviales comme les plus profondes, avec générosité. Nous avons ensuite abordé mon sujet de thèse sur la littérature du 18e siècle. C’est une rencontre absolument magique que je garderai précieusement dans mon cœur et que j’ai racontée dans mon premier livre intitulé Mon Maroc

Après ce séjour genevois, Abdellah Taïa s’est installé à Paris où il a achevé sa thèse autour de « Fragonard et le roman libertin du 18e siècle ». Une esthétique littéraire qui a inspiré indirectement son œuvre naissante. « Les personnages des romans du 18e siècle qui m’intéressent se trouvent souvent en dehors des codes de la morale et de la bonne conduite, ajoute l’auteur. Comment, pour survivre et traverser la vie dignement, on est poussé à biaiser, ne pas être totalement soi? Une question que je pose aussi dans mes livres ».

Nostalgie, différence et ambiguïté

Dans une œuvre qui comporte déjà une demi-douzaine de romans se déploient les mêmes thèmes: la nostalgie du pays d’origine, l’exil, le sentiment d’illégitimité, la nécessité d’affirmer sa différence culturelle et sexuelle, l’ambiguïté envers la langue française

Plus rien n’avait d’importance. Ni l’avenir en France. Ni l’avenir au Maroc. Et encore moins l’avenir de l’adulte désarmé, domestiqué, que j’étais devenu depuis que j’avais choisi l’émigration

Extrait de « La vie lente » d’Abdellah Taïa

La vie lente s’inscrit dans cette lignée très cohérente. Un titre qui pourrait receler un double sens. Car il suffit d’ajouter un O entre vie et lente pour que « La vie lente » devienne « La violente ». La violence verbale, physique ou symbolique y surgit, celle qui s’établit dans les rapports de domination et de soumission

Mounir et Simone

Dans ce roman, des voix se font entendre successivement et parfois s’entremêlent. Il y a principalement celle de Mounir, un homme de 40 ans, homosexuel, qui a grandi au Maroc. Mounir a quitté le quartier populaire de Belleville pour s’installer dans un petit appartement situé en plein cœur de Paris. Au-dessus de lui, vit dans un minuscule studio sans confort une vieille dame nommée Simone

Mounir et Simone sont tous deux à leur manière des réprouvés, des marginaux que la société préfère ignorer. Ils s’estiment, ils se reconnaissent, mais régulièrement se prennent de bec

A la suite d’une violente altercation verbale provoquée par les bruits incommodants que fait la vieille dame, celle-ci appelle la police. Mounir devra alors répondre de ses actes, de ses propos, de ses origines. Répondre de tout cela à une société sur ses gardes, en état d’urgence. Car cette histoire se déroule deux ans après les attentats qui ont secoué Paris en 2015. La méfiance à l’égard d’un Nord-Africain solitaire et marginal est d’autant plus grande.

Des voix qui résonnent

Outre la voix de Mounir et de Simone, se font entendre celle d’Antoine, un inspecteur de police avec qui le quadragénaire prétend avoir vécu une relation passionnelle. Il y a aussi celle de Majdouline, une cousine homosexuelle habitant à Bruxelles que sa mère adoptive veut marier de force à un bon musulman

Ces voix résonnent dans la tête de Mounir au point que celui-ci craint parfois de perdre la raison. Raison si chère à la société occidentale où il s’est établi vingt ans plus tôt, dans laquelle il a tenté de s’intégrer. Sans jamais oublier ce qui le constitue: son enfance marocaine et son orientation sexuelle

Je ne supportais plus cette nouvelle voix dans ma tête. Elle était là tout le temps et elle me disait que j’étais nul, que la France, à vouloir me cultiver, me civiliser, m’avait castré

Extrait de « La vie lente » d’Abdellah Taïa

J’ai passé trop de temps à perfectionner mon personnage d’homme bien élevé, confie avec un léger sourire Abdellah Taïa. Le monde n’attend que ça, la comédie. Alors je reste attentif à cette autre voix que j’entends dans ma tête car nous avons tous plusieurs identités

La vie lente possède deux fins successives. La première faite de compassion, portée par la voix de Simone, la vieille voisine. Puis la seconde pétrie de suspicion, assénée par la voix d’Antoine l’inspecteur de police. Les propos qui viennent du cœur sont alors balayés par la prose officielle et policière.

Une fin double comme un fondu au noir. Sans espoir

Par Jean-Marie Félix/RTSCulture

La vie lente, Abdellah Taïa, éditions du Seuil, 2019

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