Maghreb : cette guerre des clans qui peut tout faire exploser

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أخر تحديث : vendredi 19 octobre 2018 - 11:14
Maghreb : cette guerre des clans qui peut tout faire exploser

CHRONIQUE. À Alger, à Tunis, à Rabat, les jeux politiques venimeux priment alors que la situation économique est préoccupante dans les pays. Du carburant pour l’abstention et le rejet des politiques


 It’s the economy, stupid ! C’est ainsi que James Carville, le directeur de campagne de Bill Clinton, avait justifié la victoire de son poulain en 1992. Face à un Bush qui faisait campagne à base de guerre en Irak et autres thématiques sécuritaires, le camp Clinton enfonçait un à un les clous économiques : inflation, chômage, déficit, santé publique… Au soir de la victoire, Carville lâchait cette phrase devenue un classique de la politique américaine. Une leçon de communication politique qui mériterait d’être entendue au Maghreb

On peut tenter d’amener les électeurs sur des sentiers identitaires, guerriers ; in fine, ils demanderont des réponses à leurs problèmes de factures. On peut essayer de provoquer des débats religieux, nationalistes ; ils exigeront que leur vie quotidienne s’améliore. Mais la politique l’emporte sur le débat économique. À la veille d’une année électorale cruciale au Maghreb, le charivari politique domine les débats, fait le « buzz », provoque passions, indifférences et rejets. On s’écharpe à coups de petites phrases, de posts Facebook, d’arrangements grossiers. Loin, très loin des préoccupations des électeurs

Des campagnes qui évitent les vrais sujets

Dans les coulisses des partis algériens et tunisiens, ils sont peu nombreux à pouvoir se présenter devant les électeurs avec un bilan économique reluisant. Alors, on cherche d’autres items, des sujets pouvant faire diversion, provoquer un clivage entre camps. Des communicants proposent un retour aux fondamentaux. À Tunis, l’idée d’un affrontement entre « séculier » et « islamiste » travaille les esprits de nombreux acteurs. Comme un retour aux fondamentaux de la campagne de 2014. Pour faire oublier la cogestion du pays par les deux blocs. À l’heure des réseaux triomphants, des pages sponsorisées par des partis testent des thématiques abrasives

La jeune démocratie tunisienne qui vit une période charnière, près de huit ans après la chute de la dictature, connaît des heures économiques douloureuses. L’inflation saigne les foyers. Mais une partie de la classe politique a d’autres priorités. À l’ARP, la majorité change de camp chaque semaine depuis la rentrée parlementaire. Après avoir choisi le camp de Youssef Chahed, le parti UPL a finalement décidé de rejoindre la Nidaa Tounes de Hafedh Caïd Essebsi, l’ennemi juré du président du gouvernement. En moins de quinze jours, seize députés qui soutenaient Chahed demandent désormais son éviction. Un hold-up politique qui affaiblit le président du gouvernement alors que la loi de finances est à l’étude. Ce texte, crucial, passe au second plan

Haro sur le président de l’Assemblée algérienne

L’éternité, c’est long, surtout à la fin , s’amusait Woody Allen. Ainsi du régime politique Bouteflika. À six mois de l’élection présidentielle, les députés ont cadenassé au sens propre du terme les portes de l’APN (Assemblée populaire nationale) afin d’empêcher son président d’y accéder. Saïd Bouhadja est dans le collimateur du FLN et de son allié RND. On ignore les raisons structurelles de cette chasse à l’homme, mais le résultat est là : faire chuter Bouhadja prime tout autre sujet. Peu importe que l’économie algérienne ait recours à la planche à billets, on se bat pour le pouvoir. Le climat à Alger ? Un président fantôme qui s’apprête à briguer un cinquième mandat, cinq généraux placés sous mandat de dépôt pour « malversations supposées »… Quid du développement du pays, des finances publiques en capilotade ? On verra plus tard.

Standard & Poor’s dégrade le Maroc

L’agence de notation a donné un coup de canif au royaume chérifien. La perspective de la note souveraine passe de « stable » à « négative ». Le déficit budgétaire sera plus important que prévu, la croissance marque sensiblement le pas. La rue évoque à mots de moins en moins couverts les absences de Mohammed VI. Le roi préfère ses domiciles français aux palais nationaux. Les émeutes qui ont secoué le Rif sont encore vivaces dans les esprits. Leurs raisons sociales n’ont pas disparu. Et les leaders de cette rébellion économique ont pris vingt ans de prison.

60% d’abstentionnistes

À ne pas répondre aux besoins vitaux des citoyens, la première sanction est celle de l’abstention. En Algérie, les législatives de 2017 se sont soldées par 61 % d’abstentionnistes. Idem pour la Tunisie. Le scrutin municipal du 6 mai a enregistré 63 % d’abstentions. Le Maroc fait un peu mieux avec « seulement » 57 % d’abstentions aux législatives de 2016. Dans une région-clé entre un continent africain en plein essor et une Europe qui recherche des zones de croissance, le détachement civique est le même, que le régime soit démocratique ou autoritaire. Vingt-six ans après l’avoir prononcé, la réplique signée James Carville demeure pérenne, universelle. À ignorer cette préoccupation, les candidats au pouvoir fabriquent au mieux de l’instabilité politique, au pire, un rejet mortifère

Ascenseur vers le pouvoir vs ascenseur social

Pour le citoyen, qu’il soit marocain, algérien ou tunisien, l’obsession est ailleurs. Il veut une réponse économique et sociale à son quotidien, un espoir pour son futur. Il veut remplir son couffin et souhaite que l’ascenseur social soit réparé afin qu’il puisse s’envoler dans les étages du progrès pour les générations futures. Simple, basique. Les exigences des Maghrébins sont à mille lieues des guerres de clans, des chamailleries politiques et autres « puputch » dans les parlements. « It’s the economy, stupid. » Les leçons de 2011 n’ont pas été retenues

PAR BENOÎT DELMAS / lepoint.fr
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