#Musiques. #AfrotroniX, musicien panafricain du futur. #Vidéos

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أخر تحديث : samedi 2 mars 2019 - 5:32
#Musiques. #AfrotroniX, musicien panafricain du futur. #Vidéos

Tchadien installé à Montréal, Caleb Rimtobaye a créé un personnage qui fusionne les cultures africaines et occidentales dans une débauche de danses et d’arts numériques

AfrotroniX est partout. Sacré meilleur DJ africain aux All Africa Music Awards (Afrima), en novembre 2018 au Ghana, pour son show NomadiX, le Canado-Tchadien revient tout juste de deux concerts à Santiago du Chili. Fort d’une tournée qui l’a mené sur les scènes électro de New York, Chicago, Ottawa, Mexico, Sao Paulo, N’Djamena, Rabat, Dodoma (Tanzanie) ou Praia (Cap-Vert), le musicien inclassable vient d’être récompensé, jeudi 28 février, par le prix canadien Gala Dynastie du meilleur artiste, destiné à mettre en valeur « l’excellence black du Québec ». Le public français aura l’occasion de découvrir NomadiX en juin, pour le retour de l’artiste sur une grande scène parisienne après La Villette et le festival Afropunk en 2016

Peau noire, casque blanc. Silhouette longiligne, souple, AfrotroniX a l’art de la mise en scène. Dans la nuit de N’Djamena, il apparaît dans un halo de lumières fluo sur fond de basses techno. Face à lui, des milliers de personnes répondent à coups de flashs de smartphone pour un 31 décembre 2018 totalement futuriste. La jeunesse de la capitale tchadienne est venue fêter son héraut de l’afrofuturisme et des lendemains qui chantent. Massée place de la Nation, elle reprend en chœur des paroles qui sonnent comme un manifeste :  Une population jeune et courageuse/Vivant sur des terres fertiles / Du pétrole affleure le sol / Mais qu’est-ce qui passe ? Nous nous sommes même convertis / A des dieux inédits / Prière dans des langues étrangères / (…) Notre Père, est-il aux cieux, est-il sous le sol / Réincarné en pétrole ? / On nous demande d’être patients / Mais jusqu’à quand 

Les shows d’AfrotroniX sont un carrefour inouï de musiques et de danses afro-urbaines, où les arts numériques explosent. Chantant en français, en anglais, en arabe baggara, en sara, en gouran, au milieu des mix d’afrobeat et de mélopées traditionnelles, le Tchadien installé à Montréal déroule sa vision d’une Afrique 2.0, « berceau de l’humanité qui doit être respecté pour ses valeurs humanistes qui nourrissent les imaginaires du monde ». Une Afrique décomplexée, « dégagée de l’empreinte coloniale », qui replonge dans ses racines « d’avant les envahisseurs », sans y rester bloquée, pour inventer l’homme noir du futur, africain ou non

Tombé en amour 

Sous le casque afrofuturiste, Caleb Rimtobaye, un guitariste et chanteur natif de Bedaya, dans le sud du Tchad, arrivé au Canada en 2001 à la faveur d’un concours musical pour les IVJeux de la Francophonie. Son groupe H’Sao, créé au Tchad avec quatre de ses frères, fait partie des finalistes. S’ensuit une tournée qui change la vie de la fratrie. Et, surtout, la rencontre avec Montréal et le Québec.« On est tombés en amour », se souvient Caleb, mutique sur les raisons du départ. « Un passé » sur lequel il ne veut « plus revenir ».Sur sa vie à Montréal, entouré d’une partie de sa famille exilée comme lui, on n’en saura pas plus. On découvre au hasard une histoire d’amour qui dure d’où sont nés deux enfants, qu’il veut « protéger ». Cette pudeur et ce trait tiré sur « l’avant » racontent le tempérament de Caleb Rimtobaye : regarder loin devant

Si l’artiste, « dans la trentaine », a créé AfrotroniX, c’est parce qu’il était saturé de voir les chansons afropop de H’Sao, après treize ans de disques et de tournées, encore qualifiées de « musique du monde ». « J’ai touché les limites de cette aventure dans le regard des gens surtout. Car circule toujours une vision de l’Afrique toute petite à laquelle la culture occidentale nous réduit. » Enervé aussi d’être assigné au rôle de « représentant de sa communauté » : J’avais envie de déconstruire tous ces clichés sur le continent. De montrer une Afrique leader, fière de toutes ses cultures, une grande tribu du futur. L’Afrique qui doit encore transcender le concept d’ethnie, qui a été instrumentalisé par le colonisateur

 Perdre son africanité 

A Montréal, entouré de talents des arts numériques tels que Jean-Sébastien Baillat, Guillaume Cardell ou Marc-André Cossette, il crée en 2014 son univers scénique et son personnage à mi-chemin entre le film Tron et Daft Punk : projection d’animations virtuelles, casque au design inspiré des rituels d’initiation sara, costume et logo. Des masques aussi. Tête de chacal ou traits humanoïdes en polygones à néon tout droit sortis d’un jeu vidéo et symboles de l’essence d’une Afrique ancestrale projetée dans l’avenir

Sa musique à messages fusionne les chants sahéliens, bantous, le blues touareg, l’afrobeat nigérian, la rumba congolaise, le mbalax sénégalais aussi bien que l’afrotrap ou le dubstep. Des chansons qui parlent de l’urgence de l’engagement politique (« Sinon Sankara serait mort pour rien / Senghor aurait écrit pour rien / Mandela aurait lutté pour rien / Toi aussi tu as le droit / Revendique, sinon le pays va tomber ! »), des mirages que traversent les migrants en Occident (« Soudani »), de la fierté africaine (« Tu n’as pas besoin d’être du G8 pour être grande »), de la dignité des femmes (« Le secret de ton voile est dépassé »), de l’amour, bien sûr, et de la vitalité extraordinaire de la jeunesse du continent. Sa chanson « L’Afrique se relève », écrite en 2011 à la faveur des « printemps arabes », est une invitation jubilatoire au soulèvement contre tous les régimes qui étouffent les créativités africaines

Sa musique appelle à la libération des esprits qui passe par celle des corps », décrypte Narjes Bahhar, journaliste spécialiste des scènes urbaines et collaboratrice du Monde Afrique. Des corps qui s’imposent sur scène et dans les clips d’AfrotroniX grâce à des danseurs fusionnant, eux aussi, contemporain, hip-hop, waacking, danses africaines et orientales, cabaret ou house. Des corps qui se heurtent au stress de l’Occident, à ses illusions, au risque de perdre son africanité, explique Axelle Munezero, danseuse canadienne d’origine burundaise. Des corps qui doivent réinventer une identité dans un nouveau monde

 Génération consciente 

La danseuse chorégraphe incarne cette lutte où tout fait danse avec son comparse Ricky Saint-Jusna dans « Soudani », notamment, ou dans le clip « The Haus » de Young Paris. Le rapprochement avec le Franco-Congolais installé à New York et invité sur le titre « Petit Pays » n’est pas fortuit, car les deux artistes « partagent la même utopie panafricaine », précise Axelle Munzero

Et ce n’est pas la moindre des missions que s’est fixées Caleb Rimtobaye : « Il faut en finir avec cette séparation du Maghreb de l’Afrique subsaharienne. Il faut cesser de penser l’Afrique en fonction des frontières coloniales. AfrotroniX est un projet à rebours de l’avenir que nous promet Hollywood, fait de drames et de chaos. Les jeunes Africains sont décomplexés, ils ne pensent plus, comme leurs parents, que le Blanc est le terminus. C’est une génération consciente, connectée, qui prend confiance et qu’il faut fédérer avec la musique

Une fusion artistique totale qui évolue au fil des concerts, quitte, parfois, à tâtonner. « C’est ce qui fait la richesse d’AfrotroniX, estime Narjes Bahhar. Le côté brut d’une création pas achevée, qui crée une fragilité et une fraîcheur uniques. » Tout tenter plutôt que d’être figé. Une définition du futur, qui sera aussi afro

Par Sandrine Berthaud-Clair – lemonde.fr
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