Théâtre : droit d’asile, équation difficile

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أخر تحديث : samedi 29 septembre 2018 - 5:06
Théâtre : droit d’asile, équation difficile

La dernière création de Matthieu Roy, « Un pays dans le ciel », évoque la manière dont l’administration française traite les réfugiés et les apatrides


Depuis dix ans, la Compagnie du veilleur, fondée par Matthieu Roy, pousse régulièrement à se frotter à des réalités inconfortables. Qu’il s’agisse de la montée du fanatisme religieux (avec Martyr de Marius von Mayenburg), du mal-être de la jeunesse (avec Days of Nothing de Fabrice Melquiot) ou de la dénonciation des lobbies des grands groupes agroalimentaires qui se contrefichent qu’on empoisonne nos assiettes (avec Europe Connexion d’Alexandra Badea), le jeune metteur en scène (par ailleurs, codirecteur de la maison Maria Casarès) amène, par la magie du théâtre, à se pencher sur des problématiques que l’on rechigne souvent à regarder en face

Dans sa dernière création, Un pays dans le ciel, sa troupe met en lumière l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra), l’administration chargée de l’accueil et du traitement des dossiers des demandeurs d’asile. Cette courte pièce, écrite par le dramaturge Aiet Fayez lors d’une résidence effectuée au sein de ce service en 2016, donne à voir la manière dont notre pays traite de cette difficile réalité. Créée l’an dernier sur la scène nationale d’Aubusson, cette œuvre constitue, plus qu’un témoignage sur la condition des migrants, une expérience bouleversante montrant la situation de ces populations

Complexité administrative

Hélène Chevallier (au premier plan) et Gustave Akapko reprennent les rôles qu’ils ont créés l’an dernier au théâtre Jean Lurçat. Les costumes des personnages, signés par Noémie Edel et composés à la manière des habits d’Arlequin… de morceaux de divers vêtements (ceux des fonctionnaires de l’OFPRA, mais aussi les haillons des migrants) rapiécés sont particulièrement réussis

© Christophe Raynaud de Lage

À travers une douzaine de personnages, magistralement campés par le trio formé par Gustave Akakpo, Hélène Chevallier et Aurore Déon, ce texte pousse à reconsidérer nombre de nos certitudes. Six réfugiés se présentent ainsi devant le public. La première, éconduite méchamment pour avoir laissé passer son tour (chaque requérant est appelé par un numéro), laisse la place à un jeune étudiant, sidéré par la complexité administrative qui préside au renouvellement d’une simple carte de séjour. Des tracas qu’Aiet Fayez avait déjà dénoncés à plusieurs reprises dans ses précédentes œuvres et qui l’avaient d’ailleurs conduit à s’exiler en Autriche, en 2010. L’auteur, d’origine iranienne mais de langue française, sait de quoi il parle. Venu en France pour étudier la philosophie au début des années 2000, il s’est établi dans l’Hexagone au moment où se raidissaient les procédures d’admission des étrangers. Pour autant, il ne traite aucunement son sujet de manière manichéenne

Les fonctionnaires français qu’il dépeint ne sont pas tous des caricatures de ronds-de-cuir sans cœur. Chargés de recueillir le témoignage des réfugiés et de statuer sur leur demande, les hommes et les femmes que la loi érige en « officiers de protection » (quel titre !) sont, au contraire, taraudés par la crainte de commettre une erreur de jugement qui pourrait avoir des conséquences dramatiques : ne sont-ils pas susceptibles de renvoyer dans leur pays des êtres menacés de mort  ? Mais comment savoir si leurs interlocuteurs sont honnêtes, si leurs demandes sont légitimes, surtout lorsque l’on découvre que certains d’entre eux semblent avoir appris par cœur et réciter de manière artificielle une histoire  ? Comment, dès lors, faire la part des choses entre ceux qui appellent légitimement à l’aide et ceux qui souhaitent juste émigrer pour des raisons économiques

Parcours de vie

Une heure durant, en une succession de scènes où surnage parfois un brin d’humour, fort bienvenu tant le sujet est grave, Matthieu Roy fait découvrir le parcours, souvent sinueux, d’Ukrainiennes arguant que le régime pro-russe les menace, d’un Albanais raciste, doté d’une large progéniture à qui il espère offrir un avenir meilleur, d’une Macédonienne victime de viols, d’une famille tchétchène dont le père a été assassiné, mais aussi d’un Togolais homosexuel qui ne peut pas envisager de continuer de vivre dans son pays tant il y est ostracisé

La simplicité de la mise en scène déployée par Matthieu Roy (qui avait déjà adapté Les Corps étrangers d’Aiat Fayez), la force de conviction des comédiens, comme l’exiguïté de la salle qui crée un climat d’une rare intimité avec la troupe transportent les spectateurs dans un univers absurde où les attentes, les rêves et les craintes des uns rencontrent parfois l’humanité des autres, dans un somptueux jeu où le langage façonne la réalité. Une belle réflexion sur le pouvoir, la responsabilité et le hasard. Un moment de grâce

Par Baudouin Eschapasse/lepoint.fr
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