#Trump veut-il la guerre avec l’#Iran

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أخر تحديث : vendredi 17 mai 2019 - 5:45
#Trump veut-il la guerre avec l’#Iran

Officiellement opposé à un nouveau conflit au Moyen-Orient, le président américain est poussé par ses conseillers à une dangereuse escalade avec Téhéran

Le 14 juillet 2015 paraît si loin. Au soir de la signature de l’accord sur le nucléaire entre l’Iran et les grandes puissances (États-UnisRussieChineFrance, Royaume-Uni et l’Allemagne), des milliers d’Iraniens s’étaient précipités dans la rue pour célébrer la fin des sanctions internationales et le rétablissement de l’Iran dans le concert des nations, qui suscitait une vague d’espoir sans précédent après trente-six ans d’isolement. Or, moins de quatre ans plus tard, le porte-avions américain USS Abraham Lincoln s’apprête à gagner les eaux du Golfe persique, accompagné d’une force de bombardiers B-52. Il va être rejoint par l’USS Arlington, un navire de guerre transportant des véhicules amphibies, ainsi que d’une batterie de missiles Patriot. Pour le conseiller américain à la sécurité nationale, John Bolton, il s’agit d’adresser un message clair et sans équivoque au régime iranien : nous répondrons de manière implacable à toute attaque contre les intérêts des États-Unis ou de nos alliés

Comment en sommes-nous arrivés là  ? Il faut dire qu’entre-temps, Donald Trump s’est retiré le 8 mai 2018 de l’accord sur le nucléaire iranien, qui limitait considérablement le programme nucléaire iranien en échange d’une levée des sanctions, et que Téhéran respectait pourtant selon les multiples rapports de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). Las, le président américain, qui se fait un plaisir de détricoter la totalité de l’héritage de son prédécesseur démocrate Barack Obama, souhaiterait arracher à l’Iran un nouvel accord global : en plus de la question nucléaire, il souhaiterait limiter le programme balistique iranien et faire cesser le soutien de la République islamique aux groupes et pays hostiles aux intérêts des États-Unis au Moyen-Orient milices chiites en Irak, rebelles houthis au Yémen, régime syrien, Hezbollah libanais, Hamas et Djihad islamique palestinien

Mettre l’Iran à genoux

Pour ce faire, le milliardaire américain entend exercer une « pression maximale » sur Téhéran pour mettre le régime iranien à genoux. Au niveau économique, Donald Trump a ordonné deux salves de sanctions draconiennes, en août et novembre 2018, contre le système bancaire et surtout les ventes de pétrole iranien, qui représentent 40 % du budget de l’État iranien. Sur le plan politique, le pensionnaire de la Maison-Blanche a classé sur la liste américaine des organisations terroristes le corps des Gardiens de la révolution, bras armé de l’Iran, en dépit des avis contraires du Pentagone et des services de renseignements. En représailles, les Pasdaran ont qualifié à leur tour de « terroristes » les forces américaines dans la région. Problème, Gardiens iraniens et soldats américains se côtoient fréquemment en Irak, en Syrie ou dans les eaux du Golfe persique, où ils maintenaient jusqu’ici un équilibre précaire

« Les Iraniens ont toujours tout fait pour éviter la confrontation, mais aujourd’hui, nous avons toutes ces forces terroristes mutuelles les unes à côté des autres dans la région », s’alarme un fin connaisseur oriental du dossier. « Donald Trump ne s’est pas rendu compte des conséquences de cette décision ou peut-être ses conseillers ont fait ce choix sans se rendre compte des effets collatéraux. » Dans une récente note, l’ancien ambassadeur de France Michel Duclos estime que « dans ce contexte, n’importe quel incident dans le détroit d’Ormuz ou en Irak, voire en Syrie, peut dégénérer en une confrontation militaire de grande ampleur entre l’Iran et les États-Unis (ainsi que leurs alliés) ». Et l’ex-diplomate, aujourd’hui conseiller spécial géopolitique de l’institut Montaigne, de souligner : L’absence de canal de “déconfliction” entre Washington et Téhéran ne peut qu’aggraver les risques de conflit accidentel

Coïncidence ou pas, lundi, l’Arabie saoudite a annoncé que des « actes subversifs », non revendiqués, avaient été menés la veille contre deux pétroliers saoudiens, un navire norvégien et un cargo émirien au large de l’émirat de Fujairah, qui appartient aux Émirats arabes unis. Mardi, le royaume al-Saoud a déclaré avoir cessé ses opérations sur un oléoduc majeur dans la région de Riyad après avoir été visé par des attaques de « drones armés ». Elles ont été revendiquées par les rebelles yéménites houthis, soutenus par l’Iran, que l’Arabie saoudite accuse ouvertement d’être derrière l’attaque

soldats américains 120 000

En annonçant, le 5 mai dernier, le déploiement de l’armada américaine dans le Golfe persique, John Bolton, notoirement connu pour être un partisan du regime change en Iran, a précisé qu’il s’agissait d’une « réponse à des indications et à des avertissements inquiétants qui ont engendré une escalade ». Sur ordre du conseiller à la sécurité nationale, le chef par intérim du Pentagone, Patrick Shanahan, aurait présenté le 7 mai à plusieurs responsables sécuritaires du pays, dont John Bolton et Gina Haspel, directrice de la CIA, un plan prévoyant jusqu’à l’envoi de 120 000 troupes au Moyen-Orient si l’Iran attaquait en représailles des forces américaines dans la région ou reprenait son programme nucléaire, selon les informations du New York TimesToujours selon le quotidien new-yorkais, les éléments alarmants dont dispose John Bolton émaneraient d’un rapport des renseignements américains qu’il a reçu le 3 mai dernier, et qui contredirait les conclusions des services européens et américains, lesquels affirmaient jusqu’ici ne pas constater d’aggravation de la menace iranienne dans la région

Comprenant notamment des interceptions téléphoniques et des imageries satellites, ce rapport indiquerait que l’Iran a ordonné à ses milices de se préparer à attaquer les forces américaines dans la région. Selon le site d’informations américain Axios, ce sont les services de renseignements israéliens qui auraient transmis à Washington les informations sur de possibles attaques iraniennes contre « une cible américaine dans le Golfe ou des alliés des États-Unis comme l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis ». Pourtant, à Washington, le sénateur démocrate Bob Menendez a déploré mercredi que « l’administration Trump [n’ait] fourni aucune information » au Congrès « sur les renseignements qui motivent ses décisions, ni sur ce qu’elle entend faire ».

Flou sur les « informations » américaines

Le flou qui règne sur ces « informations » américaines est renforcé par le démenti opposé mardi par le commandant adjoint de la coalition internationale contre l’État islamique, dirigé par les États-Unis. « Non, il n’y a pas eu d’accroissement de la menace posée par les forces pro-iraniennes en Irak ou en Syrie », a souligné à des journalistes américains le major général Chris Ghika, qui s’exprimait depuis Bagdad, où il est basé. Or, ce haut gradé britannique a été rapidement contredit par le commandement militaire américain au Proche-Orient (Centcom). « Les récents commentaires du commandant adjoint de l’opération Inherent Resolve (OIR) contredisent les menaces crédibles reçues des services de renseignements américains et alliés concernant les forces pro-iraniennes dans la région », a insisté dans un communiqué le commandant Bill Urban, porte-parole du Centcom. Par conséquent, l’OIR est aujourd’hui à un niveau d’alerte élevé et nous continuons à surveiller étroitement les menaces crédibles et peut-être imminentes contre les forces américaines en Irak

Les interrogations des journalistes et experts à Washington sont d’autant plus grandes que John Bolton a été l’un des artisans de l’intervention américaine en Irak de 2003, basée sur de fausses allégations au sujet de la détention par Saddam Hussein d’armes de destruction massive. Cette menace iranienne « est réelle », a souligné un responsable américain du département d’État, dont le chef, Mike Pompeo, est lui aussi réputé pour son aversion pour le régime iranien. Cité par l’Agence France-Presse (AFP), ce haut diplomate a évoqué la responsabilité de « milices irakiennes sous commandement et contrôle des Gardiens de la révolution iraniens », notamment les groupes chiites Asaïb Ahl al-Haq et les brigades du Hezbollah irakien. En outre, plusieurs responsables militaires américains, qui ont eu accès au fameux rapport, ont indiqué à l’AFP que le renseignement a constaté des mouvements d’armes et de groupes pro-iraniens à terre et en mer, ainsi que des instructions de dirigeants iraniens pour attaquer des intérêts américains tels que des ambassades, des consulats ou des soldats

Les responsables américains affirment que l’Iran a donné l’autorisation à ses alliés régionaux pour attaquer les intérêts américains sans montrer de preuves , souligne dans une récente analyse le think tank International Crisis Group. « Que l’Iran soit directement ou indirectement derrière les récentes attaques (…) et que Washington soit en train de fabriquer des accusations pour justifier un pic de ses activités militaires, tous les ingrédients pour une escalade sont présents », s’alarme l’organisation, qui ajoute : Toute cette montée de tensions était entièrement prévisible et la plupart d’entre elles ont été provoquées par les États-Unis

? : une guerre malgré lui 

Fait rarissime, en raison du « flux de menace accru », le département d’État a ordonné mercredi au personnel américain non essentiel de l’ambassade des États-Unis à Bagdad et du consulat américain à Erbil de quitter l’Irak. Pour l’heure, l’Iran semble vouloir calmer le jeu. Accusant jeudi les États-Unis de provoquer une « inacceptable » « escalade de tensions » contre l’Iran, le chef de la diplomatie iranienne Mohammad Javad Zarif a indiqué que son pays agissait « avec le maximum de retenue ». La veille, en représailles au retrait américain de l’accord sur le nucléaire un an plus tôt, Téhéran a officiellement cessé de limiter ses réserves d’eau lourde et d’uranium enrichi, deux mesures qu’elle s’était pourtant engagée à respecter en vertu de l’accord, mais qu’elle est en droit de rompre en cas de manquement de l’une des parties au texte. Écartant toute négociation avec les États-Unis, la République islamique a donné deux mois aux Européens pour trouver une solution afin de desserrer l’étau autour de ses secteurs bancaire et pétrolier. Dans le cas contraire, elle a indiqué qu’elle accentuerait la reprise de son programme nucléaire.

L’Iran ne veut pas tomber dans le piège de Donald Trump, à savoir sortir à son tour de l’accord sur le nucléaire. Mais cela fait un an que l’Europe lui promet un mécanisme de compensation (Instex), sans qu’un seul dollar ait été échangé », rappelle la source orientale précitée. L’Iran ne sera pas le pays qui déclenchera une guerre avec les États-Unis ou tout autre pays de la région. Mais ce pays ne peut pas non plus se rendre aux Américains

Étonnamment, le risque accru de guerre entre les États-Unis et l’Iran entre en contradiction avec la promesse de campagne du candidat Trump de ne plus intervenir dans des conflits à l’étranger. Depuis son arrivée au pouvoir, le président américain a d’ailleurs réduit les contingents américains en Syrie et en Afghanistan. Et s’il a mis en garde l’Iran en cas d’attaque des intérêts américains, le milliardaire a répété jeudi matin son souhait de négocier directement avec les dirigeants iraniens. « Tout dans la politique de son administration vis-à-vis de l’Iran pointe vers une direction étonnamment différente : la guerre, par volonté ou par erreur », avertit néanmoins l’International Crisis Group. « Une crise qu’il ne souhaite peut-être pas, mais qui ne dérangerait pas certains de ses conseillers et qui serait sur le point d’éclater. » Interrogé jeudi soir sur le parvis de la Maison-Blanche sur l’éventualité d’une guerre contre l’Iran, le président américain a simplement répondu par un laconique : Je n’espère pas

Par Le Point.fr

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